2500 milliards $ : la « Banque Centrale des banques centrales » alerte sur la dette opaque du boom de l’IA

Salle de marchés avec écrans de cotations obligataires, ambiance presse économique

À Bâle, lundi 14 septembre, la Banque des règlements internationaux a publié un diagnostic que les salles de marchés n’ont pas lu comme une note technique. Le « momentum » de l’intelligence artificielle, qui a porté les actions mondiales et soutenu la résilience de l’économie globale ces derniers mois, « a commencé à montrer des signes croissants de vulnérabilité », a déclaré Frank Smets, chef de l’analyse économique de la BRI, devant la presse. Le même jour, à New York, le Nasdaq cédait jusqu’à 1,8 % en séance sur l’indice des cent plus grandes valeurs non financières, tandis que l’indice semi-conducteurs de Philadelphie plongeait d’environ 6 %.

Le rapport de la « banque centrale des banques centrales » ne s’attarde guère sur les appels du week-end de Dario Amodei (Anthropic), Sam Altman (OpenAI) et Elon Musk (xAI) à freiner la course aux capacités. Il regarde ailleurs : le bilan, le hors-bilan, et le prix de l’argent.

« Ce qui nous préoccupe le plus dans ce domaine, c’est l’augmentation rapide de la dette et de l’effet de levier. Et le fait que beaucoup de ces montages de financement sont assez opaques. Ils sont souvent hors bilan. Ils ont une sorte de circularité. »

Frank Smets

Du crédit privé au trillion : la cartographie du levier

Les chiffres compilés par la BRI dessinent une bascule de long terme. L’emprunt agrégé des firmes technologiques dans le crédit privé est passé d’environ 22 milliards de dollars en 2010 — soit 22 % de ce marché — à plus de 1 000 milliards de dollars en 2025, soit 44 % du total. Toutes catégories de prêts confondues, l’encours atteint près de 2 500 milliards de dollars. Autrement dit, une part croissante du financement privé mondial se concentre sur un secteur dont la rentabilité future des investissements IA fait l’objet, selon le même rapport, d’une prudence « croissante » des investisseurs.

La boucle taux–capex : quand le coût de la dette rentre dans le modèle

Le mécanisme que la BRI met en lumière n’est pas seulement un choc de récit. Les hyperscalers et les acteurs de la chaîne IA ont massivement recouru aux marchés obligataires et au crédit pour financer data centers, puces et contrats d’énergie. Or le lundi 14 septembre, le rendement de l’obligation américaine à 30 ans a touché 5,38 %, son plus haut depuis 2007. Le taux à 10 ans a franchi temporairement 5,014 %, niveau rarement vu depuis 2023 et proche des pics de fin 2007. Même si ces yields se sont ensuite détendus en matinée, le signal reste clair : le coût du capital long se réinstalle au centre du modèle économique de l’IA.

Frank Smets a explicitement relié les deux plans. Les centaines de milliards de dollars de dette émise par les firmes IA peuvent, selon lui, contribuer à la hausse des rendements souverains, en s’ajoutant aux inquiétudes déjà anciennes sur la soutenabilité des finances publiques. « Cela tient à la fragilité budgétaire qui accompagne aussi l’incertitude plus élevée dans l’économie mondiale », a-t-il déclaré.

Sur le plan opérationnel, la sensibilité des valeurs technologiques aux taux s’explique par une arithmétique simple. Lorsque des groupes lèvent des centaines de milliards pour étendre des infrastructures de calcul, une hausse même limitée des taux d’intérêt se traduit par des milliards de charges supplémentaires. C’est précisément ce canal que Max Kettner, stratégiste multi-actifs chez HSBC, rappelait lundi : pétrole et IA sont « de retour au centre », mais la réaction de marché sur les appels à ralentir le développement lui paraît, pour l’instant, « exagérée ». Jim Reid, chez Deutsche Bank, formulait la question autrement : s’agit-il du premier signal d’un éventuel ralentissement du cycle d’investissement extraordinaire, ou d’un épisode dans une course compétitive que ni entreprises ni États ne veulent perdre ?

Sources : RTÉ / BRI — vulnérabilité du momentum IA / The Globe and Mail (Reuters) — Frank Smets, levier et circularité / Reuters — rapport BRI du 14 septembre 2026 / BRI — working paper « The AI investment race » / NBC News — séance Nasdaq, yields, semi-conducteurs / Seeking Alpha — Wall Street, pétrole et IA / Reuters — FOMC Warsh, hausse anticipée / Le Journal du Siècle



Catégories :BRI, Economie, Finance, IA

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