
Depuis début septembre 2026, plusieurs enquêtes d’opinion convergent : le pouvoir d’achat est redevenu la première préoccupation des Français, devant la santé et l’insécurité.
En tête des préoccupations
Selon le baromètre Cofidis publié début septembre 2026 (enquête en ligne du 29 mai au 8 juin auprès de 1 009 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, méthode des quotas), 42 % des Français citent le pouvoir d’achat comme préoccupation majeure, soit quatre points de plus qu’en 2025. La santé et l’insécurité suivent, à 31 % et 30 %.
Ce classement s’inscrit dans un contexte de reprise des prix. Après une inflation moyenne de 0,9 % en 2025, les prix à la consommation ont été rapportés en hausse de 2,4 % en août 2026. Dans le même temps, 60 % des sondés Cofidis déclarent avoir le sentiment que l’inflation s’accélère — un bond de 26 points en un an — et 61 % estiment qu’elle affecte fortement leur situation financière.
Mathieu Escarpit, directeur marketing de Cofidis France, résume ainsi le constat de l’enquête : « Après l’accalmie relative observée en 2025, cette édition 2026 montre que les tensions sur le pouvoir d’achat restent profondément ancrées. »
Ce que disent les chiffres
Le baromètre Cofidis détaille plusieurs indicateurs de tension budgétaire des ménages :
- les Français estiment qu’il leur faudrait en moyenne 512 euros supplémentaires par mois pour vivre confortablement ; s’ils disposaient de cette somme, 44 % la consacreraient d’abord à l’alimentation, 26 % aux loisirs et 21 % au carburant ;
- 54 % anticipent une nouvelle baisse de leur pouvoir d’achat dans les douze mois (+10 points vs 2025) ;
- 58 % réduisent leurs dépenses non essentielles, 54 % surveillent davantage les prix, 32 % repoussent certains projets ;
- 84 % constatent une hausse du prix du carburant, dont 56 % disent que cette hausse pèse directement sur le foyer ;
- 39 % se retrouvent chaque mois à découvert pour un montant moyen de 383 euros (selon BFM Business) ;
- 66 % jugent que leur pouvoir d’achat a baissé au cours des dix dernières années ;
- 30 % des Français déclarent déjà utiliser l’intelligence artificielle pour gérer leurs finances (64 % chez les moins de 30 ans).
Un second baromètre, Elabe pour BFMTV, publié le 10 septembre 2026, renforce le diagnostic de rentrée. 67 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat a baissé ces derniers mois (+11 points par rapport à janvier), 61 % se disent inquiets à ce sujet, et seuls 6 % se disent confiants face à la situation du pays. Dans cette enquête, le « manque à gagner » moyen pour « vivre convenablement » est porté à 530 euros par mois (+24 euros en quatre mois). Près d’un sondé sur trois affirme être régulièrement à découvert autour du 17 du mois.

Carburants, alimentation, sécheresse : les postes qui pèsent
La poussée des prix s’organise dans un enchaînement concret : les carburants se sont largement installés au-dessus de 2€ le litre et certains produits alimentaires soumis à la sécheresse exceptionnelle de l’été 2026 pèsent et vont continuer de peser dans le montant du caddie des français. Le gouvernement a revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5 %, et à la hausse celle de l’inflation à 2,1 % cette année (1,8 % attendus en 2027).
Sur RMC, le professeur d’économie Philippe Moati a souligné le risque d’une « explosion de la pauvreté » et rappelé que, parmi les personnes se disant très affectées par le contexte international (guerre en Iran), certaines rognent d’abord sur les « dépenses plaisirs », tandis que 25 % d’entre elles déclarent aussi avoir rogné sur l’alimentation. Il estime que les « braises » sociales restent chaudes, avec encore environ 60 % des Français se disant « gilets jaunes » ou soutiens des gilets jaunes dans ses études.
Le gouvernement assume des marges limitées
Face à cette exaspération, l’exécutif a fermé la porte à une généralisation des aides pour compenser la hausse de l’essence. « La situation des finances publiques » ne le permet pas, explique le ministère de l’Économie, selon France 24. Le déficit est attendu « supérieur » à 5 % cette année. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a insisté sur la « nécessité impérieuse » d’adopter « le plus tôt possible » un budget 2027 qui nécessitera de « faire des efforts ».
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a, dans un courrier aux chefs d’entreprise, évoqué un « environnement économique beaucoup plus difficile » engendrant des dépenses que le gouvernement n’a « pas choisies » mais entend « assumer » — dont la prolongation d’aides ciblées sur les carburants et un soutien de plus d’un milliard d’euros aux agriculteurs touchés par les canicules estivales.
Une ministre, citée anonymement par France 24, résume la contrainte :
« On a zéro argent, on est à la limite d’une crise financière et on a zéro politique qui nous aide, puisque c’est la campagne présidentielle. »

Syndicats et candidats : positions croisées
Sur le front social, les huit organisations représentatives de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC, FA-FP) ont appelé, dans un communiqué du 3-4 septembre 2026, à une journée nationale de grève et de manifestations le mardi 29 septembre, la veille de la présentation du budget.
Elles réclament notamment une revalorisation significative du point d’indice et son indexation sur l’inflation, la refonte des grilles, le rétablissement de la garantie individuelle de pouvoir d’achat (GIPA), le maintien à 100 % des rémunérations en congé de maladie ordinaire et l’abrogation du jour de carence. Capital rappelle que le point d’indice est gelé depuis trois ans et que le ministère de l’Économie a écarté, début juillet, une hausse généralisée des salaires publics en 2026, ce qui avait conduit l’intersyndicale à quitter une réunion au bout de deux heures.
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a exhorté à augmenter les salaires et à bloquer les prix du carburant, demandant d’arrêter « les cadeaux aux plus riches et aux plus grandes entreprises ».
Jean-Luc Mélenchon a appelé les patrons à hausser les salaires, faute de quoi la consommation plongerait selon lui, et a proposé d’annuler une partie de la dette — mesure que Roland Lescure a jugée de nature à « mettre en danger » le pouvoir d’achat.
Marine Le Pen propose de réduire la TVA sur les carburants à 5,5 % (contre 20 % aujourd’hui), une mesure chiffrée à 12 milliards d’euros par l’exécutif.
Enjeux de rentrée
Trois calendriers se croisent. D’abord le budget 2027, sous pression des marchés et d’un gouvernement sans majorité à l’Assemblée. Ensuite la mobilisation du 29 septembre dans la fonction publique, qui teste la capacité de l’intersyndicale à convertir l’inquiétude des baromètres en participation. Enfin la campagne présidentielle, où le pouvoir d’achat est déjà un leitmotiv partagé par plusieurs candidatures, avec des propositions dont le financement reste contesté.
Sur le terrain des comportements, le baromètre Cofidis souligne une adaptation plutôt qu’un renoncement total : 52 % des Français envisagent encore une dépense importante dans les douze mois, financée d’abord par l’épargne (60 %), devant le paiement fractionné (24 %) et le crédit à la consommation (18 %). La « consommation responsable » est perçue comme un levier d’économies par 66 % des sondés.
Ce qui reste à vérifier
Plusieurs points restent ouverts au 14 septembre 2026 : l’ampleur réelle de la mobilisation du 29 septembre ; le contenu précis du budget 2027 et d’éventuelles aides ciblées supplémentaires sur les carburants ; l’évolution mensuelle de l’indice des prix à la consommation après le pic d’août ; et l’écart entre le « manque à gagner » déclaré (512 € Cofidis / 530 € Elabe) et les mesures effectivement votées. Les deux baromètres ne portent pas sur les mêmes périodes ni les mêmes formulations : leurs chiffres ne sont pas strictement superposables, mais ils convergent sur le diagnostic de tension.
Sources : Cofidis (15e baromètre pouvoir d’achat, sept. 2026) / BFM Business (8 sept. 2026) / Elabe–BFMTV / RMC (10 sept. 2026) / France 24–AFP (11 sept. 2026) / Capital (5 sept. 2026) / communiqué intersyndical fonction publique (3 sept. 2026) / Le Journal du Siècle
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