Le remplaçant du bisphénol A pas si innofensif que cela

BPA ou BPS ?

Début 2015, plus aucun contenant alimentaire ne pourra contenir de bisphénol A. Cependant, ne va-t-on pas autoriser des substances de substitution aussi nocives que celle qu’on entend combattre ?

C’est la suspicion que vient jeter une étude américaine, qui établit l’effet de perturbateur endocrinien à faible dose du bisphénol S, un substitut utilisé sans traçabilité dans des produits de la vie courante.

L’étude menée par l’université du Texas et publiée dans la revue Environmental Health Perspectives, décrit pour la première fois comment le bisphénol S (BPS) perturbe la réponse hormonale de cellules de rats à des doses très faibles.

Aucune étude précédente n’avait passé en revue les mécanismes d’action non génomiques du BPS, ni travaillé à partir de concentrations si basses, conformes à celles que l’on trouve dans l’alimentation, dans l’environnement et dans des échantillons d’urines humaines.

«Bien que moins susceptible de migrer sous l’effet de la chaleur ou de la lumière que le BPA, le BPS a une capacité de migration en petites quantités et en usage normal», écrivent les auteurs.

Cette découverte est une douche froide, tant chez les industriels que pour les pouvoirs publics, lancés dans une course contre la montre pour proposer des substituts sans danger au très controversé BPA.

En août 2011, l’Institut national de l’environnement Industriel et des risques (Ineris) publiait une étude prospective sur les contenants alimentaires, dans la perspective de l’interdiction totale du BPA. Sous la bannière «remarque importante», l’Ineris mettait alors en garde: 

«Certaines des alternatives au polycarbonate pourraient présenter des risques non négligeables. En effet, un des substituants au polycarbonate est le polyethersulfone (PES), fabriqué lui-même à partir d’un autre bisphénol (le bisphénol S). Ce monomère présente également une activité de perturbateur endocrinien (PPRC, 2010) et il a été beaucoup moins étudié que le BPA (Anses, 2010).»

Dès 2009, une étude japonaise émettait également des doutes sur le bien fondé de la substitution:

«Si le BPS pose des risques moindres à la santé humaine que le BPA ou le BPF [un autre type de bisphénol], le BPS est peu susceptible de biodégradation et peut être persistant dans l’environnement, devenant un fardeau écologique.»

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a lancé un «appel à contributions sur les produits de substitution pour réduire les expositions des populations les plus sensibles». Les résultats seront connus en avril et l’Anses se refuse à communiquer aujourd’hui.

D’autres structures sont à pied d’œuvre sur le sujet. Patrick Balaguer, directeur de recherche à l’Institut de recherche en cancérologie de Montpellier, travaille sur les alternatives au BPA, et notamment sur les effets du BPS sur les récepteurs des hormones sexuelles.

«Nos résultats montrent que, à ce stade, le BPS est parmi les bisphénols celui qui est le plus «safe», donc celui que l’on recommanderait», explique-t-il au Journal de l’environnement.

René Habert, chercheur (Inserm-CEA) et co-auteur d’une étude remarquée sur le BPA, travaille à la comparaison entre BPA et BPS.

«Il n’y pas un substitut capable de remplacer seul tous les usages du BPA, qui était une sorte de produit magique du point de vue industriel. On a interdit très vite le BPA, mais sans avoir de produits de substitution validés à proposer», résume Patrick Balaguer.

Sources : Le Journal du l’Environnement / Le Journal du Siècle



Catégories :Alimentation, Bisphénol A, Environnement, France, Santé

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1 réponse

  1. des perturbations hormonales !! lesquelles ?

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