La guerre entre la Chine et le Japon menace …

Trois navires gouvernementaux chinois ont pénétré, lundi 24 septembre, dans les eaux territoriales d’un archipel japonais revendiqué par Pékin, dernier épisode en date de l’inquiétant bras de fer que se livrent les deux géants asiatiques.

Ces navires, deux de surveillance maritime et un troisième de l’administration des pêches, croisaient à 20 km de deux des îles Senkaku, Kubashima et Uotsurijima, en mer de Chine orientale, ont annoncé les gardes-côtes japonais, qui surveillent très étroitement les abords de l’archipel. Six autres bateaux chinois patrouillaient un peu plus loin, à proximité de la limite des 22 km marquant la frontière des eaux territoriales nippones.

Le gouvernement japonais a immédiatement élevé une « ferme protestation » par les canaux diplomatiques, a indiqué le porte-parole du gouvernement, Osamu Fujimura. Aucun de ces navires chinois n’est militaire. Ils relèvent soit du ministère du territoire soit de celui de l’agriculture, et sont sur zone pour faire respecter la loi dans ce que Pékin considère comme « ses » eaux.

Depuis plusieurs semaines, les deux pays se livrent à des démonstrations intransigeantes, en organisant ou encourageant des « expéditions » navales autour de l’archipel des Senkaku (Diaoyu pour la Chine), situé à environ 200 km au nord-est des côtes de Taïwan, qui d’ailleurs le revendique également, et à 400 km à l’ouest de l’île d’Okinawa, au sud du Japon. Outre leur indéniable valeur stratégique, ces îles pourraient receler des hydrocarbures dans leurs fonds marins.

C’est l’achat de trois de ces îles début septembre par le gouvernement japonais à leur propriétaire privé nippon qui avait mis le feu aux poudres côté chinois. Pékin avait immédiatement décidé d’envoyer six navires vers l’archipel, tandis que démarrait une semaine de manifestations antijaponaises, parfois violentes, à travers la Chine. Ces manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans des dizaines de villes, dont Pékin, jusqu’à la mi-septembre, contraignant de grands groupes japonais, notamment automobiles, à provisoirement stopper leur production totalement ou partiellement en début de semaine dernière.

Le premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, a de ce point de vue averti dimanche que l’intransigeance de la Chine pourrait à terme « affecter sa propre économie », ainsi que celle du Japon « et globalement l’économie mondiale », dans une interview au Wall Street Journal. Les deux pays sont très dépendants économiquement, avec un volume d’échanges de près de 343 milliards de dollars l’an dernier. La Chine constitue par ailleurs le premier partenaire commercial de l’archipel japonais, ce dernier n’étant « que » le troisième ou quatrième de la Chine.

Les autorités chinoises ont finalement sifflé la fin de ces démonstrations de rues qui prenaient un tour incontrôlable, tout en restant sur la même ligne quant au fond du contentieux territorial. Ainsi, la Chine a décidé dimanche de « repousser » une cérémonie qui devait marquer le 40e anniversaire de la normalisation des relations entre la Chine et le Japon, initialement prévue le 27 septembre. Une décision jugée lundi « regrettable » par le gouvernement japonais. « Il est important d’approfondir les relations mutuellement bénéfiques entre la Chine et le Japon qui ne doivent pas être affectées par un événement isolé », a déclaré M. Fujimura.

Conséquence de cette décision, un groupe de 175 dirigeants d’entreprises japonaises, qui depuis trente-sept ans avait l’habitude de se rendre en Chine pour y rencontrer des dirigeants, a annulé son voyage cette année. Pour tenter de faire baisser la tension, le Japon a envoyé lundi à Pékin son vice-ministre des affaires étrangères, Chikao Kawai, « afin de discuter un large éventail de questions bilatérales à la lumière de la situation actuelle ».

« Des patrouilles chinoises plus fréquentes avec des gardes-côtes japonais qui continuent eux aussi de patrouiller autour des îles augmentent comme jamais le risque d’affrontements maritimes », estime le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) dans son dernier rapport intitulé « Eaux dangereuses ».

L’ICG rappelle que dans le passé les deux pays ont jusque-là réussi à faire retomber la fièvre autour de cet archipel, notamment en 2010 lors de l’arrestation pendant deux semaines du capitaine d’un chalutier chinois « trop zélé » qui avait heurté des gardes-côtes japonais. « Mais aujourd’hui, une escarmouche entre des bateaux officiels dans le contexte actuel pourrait bien ne pas trouver une telle issue », estime ICG.

La vague de protestation antijaponaise en Chine qui a suivi l’achat par Tokyo de trois des îles contestées « masque » par ailleurs selon l’ICG « un développement potentiellement encore plus dangereux qui pourrait entraîner les deux pays dans un conflit plus vaste : l’adoption par la Chine d’un cadre légal qui lui permet d’expulser des navires étrangers dans les eaux disputées de la mer de Chine orientale ».

L’ICG estime par ailleurs que la grande fermeté de la Chine dans cette affaire n’est pas sans rapport avec la préparation du changement décennal à la tête du pays, dans un contexte difficile : « Avec un mécontentement grandissant sur le fossé qui se creuse entre riches et pauvres, une corruption largement répandue, une inflation et les prix de l’immobilier en hausse, le tout conjugué à des rumeurs de désunion à la tête du pays : Pékin sent qu’il ne peut pas être vu comme trahissant les intérêts nationaux face à son ennemi historique. »

A l’étranger, ce face-à-face sino-japonais suscite une inquiétude croissante : le secrétaire à la défense américain, Leon Panetta, a estimé que les conflits territoriaux actuels en Asie pourraient déclencher une guerre si les gouvernements concernés continuent « leurs provocations ». Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est lui aussi déclaré « de plus en plus inquiet de ces tensions croissantes ».

Sources : Le Monde / Le Journal du Siècle



Catégories :Chine, Guerre, Japon

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