Bientôt la fin de l’ère de la nourriture pas chère ?

La dernière décennie a signé la fin du pétrole bon marché, l’ingrédient magique pour la croissance de l’économie mondiale après la seconde guerre mondiale. L’augmentation des prix cet été du maïs,du blé et du soja – le troisième pic au cours des cinq dernières années – suggère que l’ère de la nourriture pas chère se termine également.

Les hausses couplées du prix du pétrole et des aliments fournissent des cas d’école à propos des forces du marché. L’expansion rapide dans les grands marchés émergents, notamment en Chine, a conduit à une augmentation de la demande à un moment où il y a eu des contraintes sur les approvisionnements. Pour le pétrole brut, il faut y inclure la guerre en Irak, l’embargo imposé à l’Iran, ainsi que le fait que certains des anciens champs pétrolifères commencent à être à sec attendant que de nouveaux gisements de brut soient ouverts.

Les dynamiques mêmes de la demande a une incidence sur la nourriture. Ce n’est pas juste le fait que la population mondiale augmente de 1% par an. Ce n’est pas simplement que la Chine a connu une croissance de 9% par an en moyenne. C’est que les consommateurs de ces grands pays émergents ont développé un grand appétit pour les régimes alimentaires occidentaux, plus riches en protéines. La consommation de viande est en hausse en Chine, en Inde et au Brésil, et il faut 7 kg de céréales pour produire 1 kg de viande de bœuf (et 4kg pour produire 1 kg de viande de porc). Ce qui s’ajoute à la demande mondiale.

Les agriculteurs ont été plus efficaces, en augmentant les rendements des terres cultivées, mais cela a été compensé par deux facteurs négatifs: les politiques des États-Unis et de l’Union Européenne qui détournent de grandes quantités de maïs pour les biocarburants, et les mauvaises récoltes causées par les conditions météorologiques.

Si les projections de la Banque Mondiale sont exacts, des gains de productivité massifs dans l’agriculture vont être nécessaires au cours des deux prochaines décennies. Il y aura 70 millions de bouches supplémentaires à nourrir chaque année, ce qui se traduira par une augmentation de 50% de la demande alimentaire d’ici à 2030. Pendant ce temps, la quantité de terres arables par personne poursuivra sa tendance de long terme à la baisse.

L’ampleur du défi a été soulignée par l’extrême sécheresse aux États-Unis cette année. L’échec de la récolte du maïs – qui a baissé de plus de 100 millions de tonnes par rapport à ce qui était attendu – a eu un effet d’emballement sur ​​le blé, qui n’a pas été affectée par le manque de pluie. Les prix de ces deux cultures ont bondi de 100 $ la tonne cet été. Les dernières données de la Banque Mondiale a montré que les prix alimentaires ont augmenté de 10% entre Juin et Juillet et ont maintenant dépassé le précédent sommet du début de 2011.

Il faudra du temps pour que ces augmentations impactent ​​les consommateurs. À court terme, le coût de la viande ne sera pas affecté car il y a une surabondance causée par le fait que les propriétaires de bétails abattent leurs troupeaux afin d’économiser de l’argent sur ​​les aliments coûteux qu’ils auraient dû utiliser s’ils avaient gardé leurs bêtes. Mais d’ici la fin de l’année, la nourriture sera plus chère.

Les banques centrales ne sont pas susceptibles de répondre politiquement à une inflation plus élevée, puisque la hausse des prix est perçue comme un choc externe qui aura un effet négatif sur ​​le pouvoir d’achat des consommateurs. Ils ne doivent pas, cependant, supposer que le pic sera ponctuel, car les stocks de céréales sont à des niveaux tels que de mauvaises récoltes en 2013 feraient flamber les prix, accompagnées probablement de panique et de ruées sur les produits alimentaires, d’interdictions d’exportation, et d’émeutes de la faim.

Un récent rapport d’Oxfam a déclaré que les États-Unis doivent s’attendre à des sécheresses plus sévères dans les prochaines décennies. « Les États-Unis ont connu 14 milliards de dollars de catastrophes en 2011 – un record historique -. Une tempête de neige, des tornades, des inondations, un ouragan, une tempête tropicale, la sécheresse, des vagues de chaleur et des incendies de forêt. » Les États-Unis ont déjà subi pour l’année 2012 de nombreux feux de forêt, une tempête, des vagues de chaleur sur une grande partie du pays et la sécheresse la plus grave depuis un demi siècle.

Cela semble être un moment opportun pour le monde occidental de réévaluer la sagesse qu’il y a dans l’utilisation des biocarburants. Les distilleries d’éthanol américaines ont utilisées 120 millions de tonnes de maïs en 2011 et il y a déjà eu des appels de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture pour que la récolte de maïs, qui diminue, soit utilisée pour l’alimentation humaine.

Tout l’intérêt des biocarburants était qu’ils étaient censés être peu chers et un moyen indolore pour les pays développés de montrer qu’ils avaient la réponse au changement climatique. La hausse des rendements des cultures signifiait qu’il y aurait suffisamment de production en stock sur chaque année pour pouvoir les utiliser sous forme d’éthanol. Ainsi, les consommateurs occidentaux auraient pu apporter leur contribution pour « sauver la planète » sans pour autant changer leurs modes de vie. Cette hypothèse est désormais très discutable.

Alors que se passe-t-il ensuite ? Y-a-t-il une solution durable à la question de l’alimentation ? Il faudra sans doute agir sur la demande, l’offre, ou plus probablement sur ces deux facteurs. Les deux façons évidentes de limiter la demande est de contrôler la croissance de la population ou bien de changer les habitudes alimentaires de telle sorte que la consommation de viande soit réduite. Cela ne sera pas évident.

Sur le côté de l’offre, la réponse à court terme devra être de trouver des alternatives aux biocarburants. À plus long terme, l’espoir est que les pressions d’une population croissante couplées aux incitations fournies par la hausse des prix des denrées alimentaires conduisent à une deuxième révolution verte qui augmentera considérablement les rendements dans ces parties du monde – comme l’Afrique sub-saharienne – où ils sont actuellement faibles. L’un des effets bénéfiques d’une augmentation importantes des matières premières est que les agriculteurs seront alors en mesure de se permettre d’acheter des engrais pour la terre.

Une étude récente menée par Fidelity pointe du doigt de nouvelles techniques afin de stimuler l’offre alimentaire, comme par exemple l’agriculture de précision, c’est à dire l’utilisation de la haute technologie pour délivrer les quantités optimales de semences, d’engrais et d’eau pour une efficacité maximale; et une plus grande utilisation de la biotechnologie et des cultures OGM.

Le rapport a également mis en lumière une technique appelée «fast food» où de simples cellules animales sont cultivées pour «créer de la viande artificielle en livrant une charge électrique aux cellules musculaires animales dans un mélange d’acides aminés, ce qui provoque une multiplication du nombre de cellules ».

Compte tenu de la croissance prévue de la consommation dans les pays en développement, Fidelity affirme que cela pourrait devenir une « option acceptable pour l’environnement », puisque la viande traditionnelle devient de plus en plus chère. Il reste à  voir si cette approche est « écologiquement acceptable ». Le rapport de Fidelity précise cependant que des choix difficiles doivent être faits.

L’hypothèse actuelle semble être que le monde peut avoir une population croissante, une consommation de viande de plus en plus importante par habitant, tout en disposant de moins de terres pour la production alimentaire  et éviter les progrès de la science qui pourrait accroître les rendements. C’est fantaisiste.

Il est possible d’avoir une agriculture plus productive en utilisant toute la gamme des percées technologiques dans le but de nourrir une plus grande population mangeuse de viande. Ou il est possible d’avoir des rendements plus faibles avec une approche plus biologique, afin de nourrir une population plus petite moins carnivore. Mais pas les deux.

Sources : The Guardian / RawStory / Le Journal du Siècle



Catégories :Agriculture, Alimentation, Banque Mondiale, Crise, Environnement, Etats-Unis, Europe, Nations-Unies, OGM, ONU

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9 réponses

  1. Il faut aussi arrêter le gaspillage, je pense notamment aux magasins, aux cultivateurs ou toutes autres organismes qui influencent la « fabrication » de nourriture. Car en effet les magasins jettent des produits encore consommables plusieurs jours, les cultivateurs jettent les aliments qui ne correspondent pas à une « norme » pour mieux les vendre au grossistes et il y a aussi surement de nombreuse perte dans la fabrication de plat ou autre, dans les usines. Dans une moindre mesure, les particuliers jettent aussi beaucoup avec le « réflexe poubelle ».
    Je n’ai pas de chiffre à proposer, mais le gaspillage de nourriture est ENORME et intolérable ! (une émission de Capital sur M6 en parlait)

    L’argent et la rentabilité en est la principale cause, qui elle même trouve sont origine dans la stupidité des gens qui veulent des produits parfaits et qui durent longtemps. Donc au final, TOUT LE MONDE est à l’origine de ce problème.
    Il faut changer les mentalités, mettre tout le monde au courant de ce qui arrive dans le monde (et je ne parle pas que du gaspillage). Que chacun se mobilise et change ses habitudes pour le bien de tous !
    (en espérant que mon message soit lu et fasse réfléchir)

    • Moi je t’ai lu, et ca me fais penser que c’est d’abords dans nos âmes que le changement doit avoir lieu, je m’expliques; les gens sont égoistes égocentriques, jaloux menteurs. Tous ca ne poussent pas à l’amour pour son prochain. les uns sont mauvais par nature et les autres le sont devenus a causent des premiers et ne sont pas plus excusables pour autant. ma religion est dans mon coeur et elle a des regles tres simples, ne faitent pas aux autres ce que vous ne voulez pas que l’on vous fasses et faites aux autres ce que vous voudriez que l’on vous fasses. la vie est magique et me rends au grain prés ce que je donnes.la nature vous l’explique, les animaux et les végétaux vous le montre.On me prends pour une doux-dingue mais si la pensée agit sur la matiére comme la science commence a le decouvrire, j’ai raison!!
      les aborigénes demandent de l’eau et de la nourriture et ils le trouvent!! en pleins desert!! si ca c’est pas la magie de la vie?!!

  2. Mieux vaut une modification de nos comportements plutôt que l utilisation des OGM… Il faudra aussi qu’ on apprenne à manger les fruits et légumes de saison et beaucoup moins de viande et de poisson..
    Ça sera pas simple mais quand le porte monnaie criera aussi famine on sera bien obligé

    • Je suis du même avis que Xavier, quand on pense qu’il faut 15 000 litre d’eau pour produire 1 kilo de veau et que les océans seront bientôt vide de poisson à cause de la pêche industrielle…Votez droite où gauche, un jour viendra où nous devrons tous voter vert pour survivre !

  3. C’est les jeunes qui vont en subir les vrais conséquences. Couplons ceci au chômage et aux revenus bloqués ou qui évoluent moins vite que l’inflationpour ceux qui travaillent. Rappelons que les jeunes n’ont aucun patrimoine.
    Résultat: la guerre civile

  4. Quel pessimisme ! Même si vérifié par tant de réalisme…
    Avant que cela n’arrive. L’homme aura changé. Les commerces seront de proximités et les ex-dirigeants et banquiers seront enfermés pour leurs crimes. Tel en Islande… Levons-nous pour notre droit le plus précieux qui lui est amenuit.
    Liberté !

      • Je suis dans l’optique de Ju, d’ici peu il va y avoir un mouvement massif des populations, qui sont de plus en plus au courant des manigances des banquiers et des politiques. Ne soyons plus des suiveurs, des moutons. Arrêtons de croire en eux, et à commencer par Hollande, qui ne veut pas nous aider, mais simplement être président et jouir de sa retraite onéreuse…. Il faut voter « la » présidente qui veut Vraiment sauver la France.

Rétroliens

  1. Les prix alimentaires risqueraient de doubler d’ici 20 ans | Le Journal du Siècle

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